Perche-Canada rend hommage à Édouard Laboucher, son président-fondateur

Samedi 27 avril, à l'issue de l'assemblée générale de Perche-Canada réunie à Saint-Mard-de-Réno, hommage a été rendu à Édouard Leboucher, président fondateur, en 1956, de l'association.
Une plaque commémorative dévoilée en présence de Caroline Guimond, ministre-conseillère à l'ambassade du Canada et des membres de la famille, perpétuera désormais son souvenir à l'entrée de la maison qui fut la sienne, près de l'église du village.

Discours prononcé par Michel GANIVET, président de Perche-Canada à cette occasion :

Mesdames, Messieurs, chers Amis,
Nous avons fait le choix, pour cette manifestation, de privilégier l’instant de convivialité plus que le formalisme institutionnel, bref de faire œuvre de simplicité, d’imprégner ce moment d’émotion de toute notre amitié pour celui à qui nous souhaitions rendre hommage depuis plusieurs années. Il fut en effet un homme discret mais actif au service de la mémoire collective.

Édouard Leboucher est né le 25 septembre 1914 à Corubert. Il est le fils de Jules et de Marie Bachelot. Son père, employé à la Trésorerie générale de l’Orne à Alençon, se trouve alors mobilisé. À ce titre, l’enfant naît chez ses grands-parents maternels au lieudit « Le Brulé ». Tel un heureux présage, l’historien Henri Tournouër, maire, châtelain de Saint-Hilaire-des-Noyers, conseiller général du canton de Nocé, signe l’acte d’état civil. Son père, revenu du front, devient ensuite percepteur à Saint-Paterne (Sarthe), à Pré-en-Pail (Mayenne) et termine sa carrière à Longny. C’est là que son fils, après des études de droit, s’engage dans la voie du notariat.
Clerc de Me Brou, notaire à Saint-Mard-de-Réno, près de Mortagne, Édouard Leboucher lui succède, le 30 janvier 1953.
Sa carrière s’inscrit dans la continuité des tabellions d’antan en charge d’écrire, par des actes authentiques, l’histoire des familles et des biens autant que de conserver les minutes produites au cours des siècles précédents. Il exerce sa charge avec précision et rigueur. Désigné par la ville de Mortagne comme conservateur bénévole du musée percheron, il œuvre avec le même souci, aidé par sa mère et sa sœur Marie-Louise, à redonner du sens aux collections amassées par la Société percheronne d’histoire et d’archéologie, dans le Portail Saint-Denis.
« Sans son intervention efficace, écrit Philippe Siguret, tout aurait été pillé et la Porte Saint-Denis aliénée.
Ainsi que me le confiait récemment Philippe Siguret, « le noyau de la bibliothèque municipale de Mortagne est formé autour des livres qu’il avait reclassés, poursuivant une politique d’acquisition, et bien souvent de ses deniers. »
Dès 1948, avec Jean Aubry, il rejoint Georges Massiot, fondateur en 1947, des Amis du Vieux Nogent. L’alliance mortagnaise fonde l’association des Amis du Perche. Édouard Leboucher en assure la vice-présidence pendant quinze ans. Au sein de la commission départementale des sites, comme représentant du Perche ornais, les avis de cet amoureux du patrimoine, empreints de bon sens, permettent de résoudre des affaires délicates. Perche-Canada mobilise cependant l’essentiel de l’énergie d’Édouard Leboucher, ceci à partir d’un constat : nos amis Canadiens, pour l’essentiel Québécois, descendants des émigrants du 17e siècle sont de plus en plus nombreux, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale à profiter du voyage aérien et à se lancer dans le tourisme généalogique qui leur permet de renouer avec la terre des ancêtres. Or il n’existe alors aucune structure d’accueil équivalant aux offices de tourismes d’aujourd’hui. Au lendemain de la réception à Mortagne, en mars 1965, de l’ambassadeur du Canada Jean Désy et de son épouse née Corinne Boucher de Boucherville, il met sur pied un comité Perche-Canada d’abord relié à Normandie-Canada, puis s’en exonère pour créer l’association Perche-Canada.
Il n’est pas seul. Qu’il me soit permis aujourd’hui, de saluer les ouvriers de la première heure : le chanoine Jean Aubry, Fernand Fortin, Robert Moreuil, André Durand, Alphonse Trudel, André Forêt et tant d’autres rejoints par la suite par Pierre et Françoise Montagne.
C’est la naissance d’une belle aventure que nous nous sommes efforcés, les uns et les autres de perpétuer. J’évoquerais ici les noms de mes prédécesseurs : Marcel Correia et Claude Vitre.
Discret mais efficace, Édouard Leboucher soutient le jumelage de Mortagne et de Boucherville en 1967, contribue à organiser la même année un premier voyage des Percherons au Québec. Ce voyage fera date.
Sous son influence, les assemblées générales de l’association deviennent itinérantes,
« avec le souci, poursuit Philippe Siguret, de faire le tour  de toutes les paroisses qui avaient fourni des émigrants à la Nouvelle France. Ces réunions, qui étaient l’occasion de nouer de chaudes sympathies, ont beaucoup fait pour que nos communes renouent avec leur passé. »
En mai 1977, Édouard Leboucher s’associe au sein d’une société civile professionnelle avec deux de ses collègues de Mortagne. Il prend sa retraite après avoir cédé sa charge à son cousin, Jean-Paul Bachelot. Il en profite peu : atteint d’une maladie qui l’affecte pendant de longs mois, il décède le 15 avril 1985, au lendemain de l’assemblée générale réunie à Mortagne afin de célébrer le 30e anniversaire de l’association qu’il avait fondée.
Nous avions déjà rendu hommage en 1987, à la mémoire de Jean Aubry, en apposant une plaque dans l’église de Parfondeval qui lui était si chère. Il me semblait nécessaire de rendre hommage à notre tour, alors que Perche-Canada a franchi, il y a deux ans le cap de ses soixante ans d’existence, à son président-fondateur, homme de caractère, parfois un peu rugueux, mais attaché depuis toujours à la cause du Perche.
C’est au titre de sa fidélité à ses racines que nous nous sommes permis d’ajouter au bas de cette plaque la devise du Québec « Je me souviens ».
Cette plaque perpétuera son souvenir et je remercie chaleureusement ici Mme Sabine Tesson, actuelle propriétaire de la maison, d’avoir répondu positivement, à notre souhait par l’entremise d’Élisabeth Gautier-Desvaux que j’associe à Anne-Marie Guérin, maire de Saint-Mard qui s’est elle aussi impliquée à sa manière, avec son conseil municipal à la réussite de cette manifestation.
Je sais aussi que l’équipe de l’association du Patrimoine de Saint-Mard a aussi fermement soutenu cette idée. J’adresse à tous un remerciement collectif.
Cette belle plaque émaillée, en lave de Volvic mentionne également la qualité d’Ami du Perche d’Édouard Leboucher. Qu’il me soit permis de saluer ici Jean-François Suzanne, président des Amis du Perche de l’Orne en lui associant l’amical salut de Philippe Siguret, président d’honneur de la fédération des Amis du Perche et son actuel président, Alain Morin, qui n’ont pu être présents.
Enfin j’adresserai un remerciement tout particulier à Caroline Guimond, ministre conseillère à l’ambassade du Canada à Paris et sa famille qui ont accepté de venir nous rejoindre en ce jour tout en effectuant un pèlerinage sur la terre de Louis Guimond, l’ancêtre de tous les Guimond du Québec, du Canada et sans doute d’Amérique du Nord.
Leur présence nous honore. Elle illustre combien l’œuvre engagée  par Édouard Leboucher, s’est inscrite dans la durée avec l’espoir qu’après nous, d’autres sauront prendre le relais.
Merci à tous pour votre présence.