L'histoire

Giffard et les colons percherons :
Chronique d'une épopée

Signature de Robert Giffard en 1647 au retour de son premier séjour en Nouvelle-France (Source : notariat Mortagne)

«Si l’apport du Perche au peuplement du Canada — environ 5% des migrants français — peut paraître modeste, il faut souligner que l’émigration percheronne, la plus ancienne, se caractérise par une remarquable prolificité…» écrit l'historienne Françoise Montagne (Montagne Françoise, Tourouvre et les Juchereau, Ed. Société canadienne de Généalogie, 1965).

Le mouvement, lancé à partir de 1634 grâce au pouvoir de conviction de Robert Giffard, représente il est vrai, dans le courant général de l’émigration française en Nouvelle-France, une certaine originalité. Il ne doit pas être attribué à la misère, mais plutôt à l’esprit d’aventure et à la quête de terres. Pendant toute la durée du régime français (jusqu'en 1763), 324 émigrants exerçant divers métiers souvent liés à la construction (maçon, menuisier, charpentier, briquetier, etc.) vont ainsi entreprendre le grand voyage. Une majorité d'entre eux resteront en Nouvelle-France et formeront la base la plus ancienne de la population de l'actuelle province du Québes et, par sa diffusion à travers les siècles suivant, du Canada. Leur descendance est aujourd’hui estimée à 1.500.000 personnes au Canada, beaucoup plus sans doute si on tient compte d’un important essaimage dans toute l’Amérique du Nord.

1608 : Champlain installe une «abitation» à Québec.

1617 : L’apothicaire Hébert et sa famille s’installent à Québec.

1621 : Robert Giffard, apothicaire à Tourouvre, natif d’Autheuil, peut-être ami d’études d’Hébert, part pour le Canada. Il s’installe aux environs de Québec.

1625 : Arrivée des Jésuites à Québec.

1627 : Robert Giffard rentre en France, convaincu que de nouveaux colons doivent s’implanter sur les rives du Saint-Laurent. Cette même année est fondée la Compagnie des Cent-Associés dont est membre Noël Juchereau, de Tourouvre, ami de Robert Giffard.

1628 : En février, à Mortagne, Robert Giffard épouse Marie Renouard. Dès le printemps, il repart vers la Nouvelle-France afin de préparer de futures implantations. Le navire à bord duquel il voyage est intercepté par des pirates à la solde des Anglais. Robert Giffard doit revenir en France. A Tourouvre et à Mortagne, il met à profit cette période pour évoquer l’immense pays qui s’étend au-delà de l’Atlantique.

1629-1631 : Québec est aux mains des Anglais.

1632 : Le traité de Saint-Germain-en-Laye permet à la France de rentrer en possession du Canada. Robert Giffard peut enfin réaliser son rêve.

1633 : Robert Giffard, avec l’aide des frères Jean et Noël Juchereau, prépare son expédition.

1634 : En janvier, la Compagnie des Cent-Associés concède à Robert Giffard la seigneurie de Beauport. Il recrute ses premiers colons, reçoit le soutien de Pierre Le Bouyer de Saint-Gervais, lieutenant général civil et criminel du Perche. Courant mars : départ de Robert Giffard, de sa femme, de ses enfants et d’une trentaine de colons pour la Nouvelle-France. Parmi eux Jean Guyon, maître-maçon, Zacharie Cloutier, maître-charpentier et Robert Drouin, tuilier (originaire du Pin-la-Garenne). Début juin le navire atteint Québec.

1635 : A Québec, mort de Samuel de Champlain; la colonie compte 132 colons dont 35 viennent du Perche. A Mortagne, départ de nouveaux colons dont Gaspard Boucher, de sa femme et de ses enfants. Parmi eux Pierre, né à Mortagne en 1622, âgé de 13 ans. La première colonisation organisée de la Nouvelle-France est commencée. En ce qui concerne le Perche, les départs portent essentiellement sur la période de 1634 à 1662. Quelques émigrant sont mentionnés à la fin du 17e siècle et au 18e siècle.

1641 : Arrivée à Québec de Guillaume Pelletier (de Bresolettes). La population de la colonie s’élève à 300 personnes.

1647 : Arrivée à Québec de 17 jeunes gens venus de Tourouvre et des environs. 1653 : Pierre Boucher défend Trois-Rivières contre les Iroquois.

1662 : Pierre Boucher revient en France et, afin de sauver la colonie menacée par les Iroquois, sollicite le soutien de Louis XVI et de Colbert. Il rentre en Nouvelle-France en ramenant de nombreux colons.

1665 : Arrivée à Québec, du Régiment de Carignan-Salière.

1668 : A Beauport, mort de Robert Giffard. La colonie atteint 3000 habitants.